Depuis l'attaque de la buse, la question circule dans le village. Quinze jours plus tard : des séquelles, des repas donnés à la main, des exercices quotidiens — et quelques pas.
Depuis quelques jours, la question revient régulièrement.
« Comment va Furiosa ? »
On nous la pose lorsque nous croisons des habitants. Le maire lui-même a demandé de ses nouvelles après avoir été interrogé à son tour. Le premier adjoint aussi : une de ses amies suivait l'histoire et voulait savoir comment allait la jeune poule.
Il faut croire que depuis l'attaque racontée dans le précédent épisode, Furiosa est devenue, à sa manière, un petit personnage du village.
Les prochaines photos viendront un peu plus tard. Pour l'instant, puisque vous êtes plusieurs à attendre de ses nouvelles, l'essentiel est ailleurs.
Alors, commençons par le plus important : Furiosa est toujours là.
Quinze jours plus tard
Les premiers jours après l'attaque ont été consacrés aux soins et aux antibiotiques. Les blessures étaient importantes et il fallait d'abord laisser à Furiosa le temps de récupérer.
Deux semaines plus tard, une nouvelle étape a commencé.
L'attaque a laissé des séquelles motrices. Furiosa éprouve encore des difficultés à coordonner ses pattes ainsi que certains mouvements de sa tête. Elle ne peut toujours pas rejoindre les autres et reste installée à l'écart de la basse-cour, dans une grande pièce d'environ 60 mètres carrés où elle poursuit sa convalescence au calme.
Depuis une dizaine de jours, il faut également l'aider à manger. Au menu : du maïs, des petits pois, des flageolets et d'autres aliments riches en eau, choisis pour contribuer en même temps à son hydratation.
Plusieurs fois par jour, le même rituel recommence. Et Furiosa a parfaitement compris comment il fonctionne.
Quand elle entend arriver celui qui vient s'occuper d'elle, elle lance désormais un petit « couac ». Une façon bien à elle de signaler sa présence et, peut-être, de rappeler qu'un repas serait le bienvenu.
Lorsqu'elle est calme et contente, elle produit même parfois un drôle de petit bruit, quelque part entre le roucoulement et le ronronnement.
Il y a quelques semaines, nous apprenions à connaître les Noires de Janzé. Aujourd'hui, nous apprenons à reconnaître les bruits de Furiosa.
Elle grandit, elle aussi… mais moins vite
Furiosa continue de grandir, mais moins rapidement que les poulets nés en même temps qu'elle.
Ses congénères ont poursuivi leur croissance dans la basse-cour. À leurs côtés, la différence commence désormais à se voir : Furiosa reste plus petite que les autres. Les photos viendront bientôt la montrer.
Pourtant, il s'agit bien des mêmes poussins, arrivés ensemble et élevés durant leurs premières semaines au même rythme. Depuis l'attaque, leurs vies ont simplement pris deux directions très différentes.
Dehors, les autres courent, explorent et prennent leur place dans le groupe. À l'intérieur, Furiosa consacre toute son énergie à manger, à retrouver son équilibre et à réussir quelques pas.
Apprendre à soigner une poule
Depuis son attaque, Furiosa nous aura appris beaucoup de choses. D'abord, qu'un oiseau ne se soigne pas comme un chien, un chat… ou un humain.
Certains gestes qui pourraient sembler évidents ne le sont pas. Il faut, par exemple, être particulièrement prudent lorsque l'on fait boire un oiseau directement au bec : leur anatomie est différente de la nôtre et un liquide mal administré peut emprunter les voies respiratoires.
Nous avons aussi découvert l'existence des sacs aériens, ces poches reliées au système respiratoire qui participent au fonctionnement très particulier de l'organisme des oiseaux.
Même une injection demande donc un apprentissage. Pour administrer son traitement, le vétérinaire nous a appris à passer sous la peau, au niveau des muscles de la poitrine, en orientant l'aiguille vers le bréchet, cet os situé au centre de la poitrine. Le geste doit être précis, notamment pour éviter les sacs aériens.
Ces gestes ont été appris directement auprès du vétérinaire, pour Furiosa et pour ses blessures à elle. Ils ne valent pas conseil : devant un animal blessé, c'est un vétérinaire qu'il faut appeler.
Les injections de vitamines se sont terminées aujourd'hui. Un petit jalon de plus dans une convalescence qui se mesure désormais en jours et en minuscules progrès.
La kinésithérapie de Furiosa
Car une fois les blessures soignées, un autre travail a commencé. Chaque jour, Furiosa fait ses exercices.
Installée sur le dos et maintenue délicatement, ses pattes sont mobilisées l'une après l'autre pour reproduire le mouvement de la marche. La droite. Puis la gauche. Encore et encore.
Vient ensuite le moment de se remettre debout. Furiosa est soutenue entre deux mains pour l'aider à conserver son équilibre et à porter une partie de son poids.
Le but n'est pas de marcher à sa place. Simplement de lui permettre d'essayer. Une patte. Puis l'autre.
Les mouvements restent maladroits. La coordination est encore difficile. Parfois, Furiosa part de travers. Mais petit à petit, quelque chose évolue : depuis quelques jours, elle parvient parfois, en s'aidant de ses ailes, à avancer un peu plus droit.
Ce ne sont que quelques pas. Mais il y a quinze jours, nous nous demandions si elle survivrait à l'attaque. Alors aujourd'hui, quelques pas comptent.
Une toute jeune assistante
Furiosa n'est d'ailleurs pas seule pendant sa convalescence.
Une petite chatte âgée d'à peine deux mois est arrivée à la maison il y a une quinzaine de jours. Elle avait été abandonnée et nous l'avons récupérée chez le vétérinaire.
Depuis son arrivée, elle semble particulièrement intriguée par ce drôle d'oiseau installé à l'intérieur. Lorsque vient l'heure des soins, elle n'est jamais très loin. Elle observe. Elle s'approche. Elle monte parfois sur le dos de Furiosa. Et, de temps en temps, elle joue avec ses plumes.
Difficile de savoir exactement ce que Furiosa pense de cette nouvelle assistante vétérinaire. Mais entre les repas, les exercices quotidiens et les inspections de sa jeune camarade, ses journées sont désormais bien occupées.
La petite chatte n'a pas encore de nom. Lorsque ses premières photos seront publiées, chacun pourra proposer ses idées. Pourquoi pas un prénom japonais, en écho aux liens que Baon tisse avec le Japon, mais suffisamment simple pour être prononcé facilement en français ?
Nous vous la présenterons très bientôt.
Pendant ce temps, dehors…
La vie continue également dans la basse-cour. Les autres Noires de Janzé grandissent.
Les poussins arrivés il y a quelques mois ressemblent de moins en moins aux petites boules de plumes de leurs premiers jours. Les caractères s'affirment, les habitudes changent et chacun trouve progressivement sa place dans le groupe.
Pendant ce temps, Furiosa avance à un autre rythme. Son territoire est encore limité à sa grande pièce. Ses journées sont rythmées par les repas donnés à la main, les soins et les exercices. Ses progrès se mesurent parfois en quelques centimètres.
Nous ne savons pas encore jusqu'où elle pourra récupérer. Nous ne savons pas encore quand, ni même si, elle pourra retrouver les autres.
Alors nous continuons. Un repas après l'autre. Un exercice après l'autre. Une patte après l'autre.
« Et demain, on recommencera. »
