Un cri dans le jardin. Une buse. Une poulette sans nom. Et une vétérinaire appelée à 21 h 30.
Il y a quelques semaines, nous racontions l'arrivée à Baon de jeunes poules noires de Janzé au parcours plutôt inhabituel.
Tout avait commencé avec des œufs fécondés expédiés depuis la Bretagne. Après leur naissance dans un appartement parisien, les poussins avaient rejoint la campagne et découvert leur nouvelle vie au grand air.
Depuis, les jeunes poules avaient grandi et pris leurs habitudes dans le jardin.
Mais en quelques secondes, tout a basculé.
La canicule affecte aussi la vie sauvage
Depuis plusieurs jours, la chaleur pèse sur Baon.
Les habitants cherchent l'ombre. Les poules écartent les ailes et halètent pour tenter de faire baisser leur température. Dans les champs, l'activité ralentit pendant les heures les plus chaudes.
La canicule ne touche pas seulement les humains et les animaux domestiques. Elle perturbe également la vie sauvage.
Les buses variables se nourrissent notamment de petits mammifères comme les campagnols et les mulots. Quand les températures deviennent très élevées, ces animaux peuvent limiter leurs déplacements, rester davantage à l'abri et attendre les heures les plus fraîches pour sortir.
Leurs proies peuvent alors devenir plus difficiles à repérer pour les rapaces.
Est-ce ce qui a conduit une buse à s'approcher ce jour-là du jardin ? Il est impossible de l'affirmer. Mais c'est dans cette campagne écrasée par la chaleur que l'attaque s'est produite.
Un cri de détresse

Ce jour-là, une jeune poulette noire de Janzé profitait d'un moment de liberté dans le jardin.
Elle n'avait pas encore de nom.
Soudain, elle a poussé un cri aigu et inhabituel. Un véritable cri de détresse, qui a immédiatement fait comprendre que quelque chose de grave était en train de se passer.
En arrivant, nous avons découvert une buse sur elle. Le rapace maintenait encore la poulette au sol.
Quelques secondes supplémentaires auraient probablement suffi pour que l'histoire se termine autrement.
Surprise par notre arrivée, la buse a relâché sa proie et s'est envolée.
La poulette, elle, a disparu dans les herbes.
Les plumes montraient le chemin

Les herbes étaient hautes, sèches et jaunies par plusieurs jours de chaleur.
La poulette était restée à terre, presque invisible au milieu de cette végétation desséchée. Ce sont les plumes qui ont permis de la retrouver. Il y en avait partout.
Une grande quantité avait été arrachée sous son aile et autour de son corps. Elles formaient une trace au sol et indiquaient l'endroit où elle se trouvait.
Lorsqu'elle a enfin été repérée, elle était couchée dans les herbes. Par endroits, sa peau apparaissait à nu. Une petite plaie saignait également au niveau du cou.
Elle respirait encore. Elle était consciente. Elle bougeait les pattes. Mais elle ne se relevait pas.
Il était alors impossible de savoir si elle était simplement paralysée par le choc ou si l'attaque avait provoqué des blessures plus graves.
Elle a immédiatement été séparée des autres poules et des coqs, puis installée dans un endroit calme et protégé.
Les premiers soins à 21 h 30
Même si les blessures visibles semblaient limitées, les attaques de rapaces peuvent être trompeuses. Sous les plumes, leurs serres peuvent provoquer des perforations profondes, difficiles à repérer à l'œil nu.
À 21 h 30, la docteure Bocquet, vétérinaire de permanence, a donc été contactée. Elle a pris le temps d'écouter la situation et d'indiquer les premiers gestes à effectuer.
La poulette a été placée seule dans une cage de transport pour chat, à l'abri des autres animaux, afin qu'elle puisse rester tranquille pendant la nuit.
Puis il a fallu la laisser au calme. Et aller se coucher. Sans savoir dans quel état elle serait retrouvée au matin.
Le lendemain, de bonne heure
Au réveil, la première inquiétude était simple : avait-elle survécu à la nuit ?
Oui. Elle était toujours là. Fragile, blessée, mais vivante.
Ce premier soulagement n'effaçait cependant pas les doutes. Il restait impossible de savoir si elle souffrait d'une fracture ou d'une blessure plus profonde.
Dès l'ouverture de son cabinet, la docteure Bocquet a reçu la jeune poulette. Une radiographie a été réalisée pour rechercher une fracture ou une lésion plus importante.
Heureusement, aucun os n'était cassé. Une plaie cachée sous les plumes nécessitait cependant un point de suture.
La poulette avait eu beaucoup de chance. Après les soins, elle a pu rentrer à Baon.
Six jours de traitement
Son retour à la maison n'a pas marqué la fin des soins.
Pendant six jours, elle doit recevoir chaque matin une injection d'antibiotiques afin d'éviter qu'une infection ne se développe dans la plaie. Une injection d'antidouleur lui est également administrée quotidiennement pour soulager ses blessures et l'aider à récupérer.
Elle reste pour le moment séparée des autres poules, dans un endroit calme et protégé. Sa plaie, son comportement et son état général sont surveillés attentivement pendant sa convalescence.
Elle s'appellera Furiosa
Avant l'attaque, cette jeune poulette n'avait pas encore de nom.
Après avoir échappé aux serres d'une buse, survécu à la nuit, subi une radiographie, reçu un point de suture et commencé plusieurs jours d'injections, il lui fallait un nom à la hauteur de ce qu'elle venait de traverser.

Elle s'appellera Furiosa. Une référence à l'héroïne incarnée par Anya Taylor-Joy dans Furiosa : Une saga Mad Max, le film de George Miller. Une combattante confrontée à un monde brutal et déterminée à survivre.
Un nom finalement bien trouvé pour cette jeune poulette qui a frôlé la mort et poursuit aujourd'hui sa convalescence.
Il n'y a pas de méchant dans cette histoire

Il serait facile de présenter la buse comme la méchante de cette histoire. Mais la nature ne fonctionne pas ainsi.
La buse n'a pas attaqué par cruauté. Elle a agi comme un animal sauvage à la recherche de nourriture. Peut-être devait-elle également nourrir un jeune. Peut-être la chaleur avait-elle rendu ses proies habituelles plus difficiles à trouver.
Nous ne le saurons jamais. La poulette, elle, se trouvait simplement sur son chemin.
Il n'y a donc pas de coupable dans cette histoire. Seulement deux animaux essayant de survivre dans une nature rendue plus difficile encore par la canicule.
L'un est reparti dans le ciel. L'autre récupère aujourd'hui, entourée de soins.
Une histoire qui aurait pu finir autrement
Furiosa doit encore terminer son traitement et reprendre des forces avant de pouvoir retrouver complètement le reste de la basse-cour. Mais le plus grand danger est désormais derrière elle.
Cette histoire rappelle que les épisodes de forte chaleur affectent l'ensemble du vivant, jusque dans les équilibres les plus discrets de nos jardins et de nos campagnes.
Elle rappelle également qu'en quelques secondes, une journée ordinaire peut basculer. Et qu'un cri entendu à temps peut parfois sauver une vie.
« La veille, elle n'avait pas encore de nom. Au matin, elle avait survécu. Aujourd'hui, elle s'appelle Furiosa. Et son histoire continue. »À lire ensuiteComment va Furiosa ?